Si votre entreprise gère régulièrement des fins de contrat — ruptures conventionnelles, licenciements, fins de CDD, démissions légitimes — vos salariés vous posent de plus en plus souvent la même question : « Combien de temps vais-je toucher le chômage ? ». Depuis la Convention d'assurance chômage signée par les partenaires sociaux le 15 novembre 2024 et entrée en vigueur au 1er avril 2025, plusieurs règles structurantes ont changé. Cet article fait le tour des règles actuellement applicables, dans leur état issu de la circulaire Unédic n° 2025-03.
1. Quel texte s'applique aujourd'hui ?
Les règles actuelles d'indemnisation sont issues de la Convention d'assurance chômage du 15 novembre 2024, conclue par les partenaires sociaux pour une durée de quatre ans (1er janvier 2025 — 31 décembre 2028). Cette convention a été agréée par arrêté ministériel et complétée par la circulaire Unédic n° 2025-03, qui précise les modalités d'application entrées en vigueur le 1er avril 2025. Les fins de contrat de travail intervenant à compter de cette date relèvent donc de ce nouveau régime.
2. La durée minimale d'affiliation
Pour ouvrir un droit à l'Allocation de Retour à l'Emploi (ARE), le salarié doit justifier d'une durée minimale de travail sur une période de référence récente. En l'état actuel de la réglementation, la règle générale est la suivante :
- Salariés de moins de 55 ans : au moins 6 mois (130 jours travaillés ou 910 heures) sur les 24 derniers mois
- Salariés de 55 ans et plus : au moins 6 mois sur une période de référence allongée à 36 derniers mois, pour tenir compte des carrières longues
- Primo-entrants dans le dispositif (première ouverture de droits) : condition assouplie à 5 mois, applicable à compter du 1er avril 2026
3. Durée d'indemnisation maximale
Depuis le 1er avril 2025, les durées maximales d'indemnisation de l'ARE sont fixées par tranche d'âge apprécié à la date de fin du contrat de travail. Ces durées intègrent déjà le coefficient de modulation conjoncturelle de 0,75 (voir section 4) :
- Salariés de moins de 55 ans : durée maximale de 548 jours (18 mois)
- Salariés de 55 à 56 ans : durée maximale de 685 jours (22,5 mois)
- Salariés de 57 ans et plus : durée maximale de 822 jours (27 mois)
- Durée minimale d'indemnisation pour tous : 182 jours (6 mois)
4. Modulation conjoncturelle : le coefficient 0,75
Depuis le 1er février 2023, la durée calculée de l'ARE est systématiquement réduite par l'application d'un coefficient 0,75, soit une réduction de 25 %. Cette modulation est indépendante des réformes de 2024 : elle était déjà en place avant la Convention du 15 novembre 2024, et elle continue de s'appliquer aux fins de contrat postérieures au 1er février 2023.
Un mécanisme de « contracyclicité » prévoit un retour à la durée pleine en cas de dégradation de la conjoncture économique. Si ce retour devait être activé par décision gouvernementale, les durées maximales seraient portées à 730 jours pour les moins de 55 ans, 913 jours pour les 55-56 ans, et 1 095 jours pour les 57 ans et plus.
5. Calcul du salaire journalier de référence (SJR)
Le SJR est déterminé à partir des rémunérations perçues pendant la période de référence d'affiliation. Depuis la réforme entrée en vigueur en octobre 2021, le calcul intègre au dénominateur les jours calendaires compris entre le premier et le dernier jour de travail de la période, et non plus seulement les jours effectivement travaillés.
Cette règle pénalise particulièrement les salariés qui ont alterné périodes travaillées et périodes non travaillées (intérim, saisonnalité, temps partiels discontinus). Depuis le 1er avril 2025, un garde-fou est ajouté : le nombre de jours non travaillés pris en compte au dénominateur du SJR ne peut excéder 70 % du nombre de jours travaillés. Cette mesure limite l'effet dilutif pour les carrières fractionnées. La règle a fait l'objet de recours contentieux devant le Conseil d'État, qui l'a validée sous réserve de son articulation avec la garantie d'un montant minimum d'allocation.
6. Montant de l'ARE
L'allocation journalière brute est calculée selon une formule de type plancher-plafond, et ne peut descendre en-dessous d'un seuil minimum. Les éléments chiffrés ci-dessous sont ceux en vigueur en avril 2025 et sont revalorisés annuellement par la circulaire Unédic :
- Partie fixe : 13,18 € par jour (montant revalorisé au 1er juillet 2025 — prochaine revalorisation attendue au 1er juillet 2026)
- Partie variable : 40,4 % du salaire journalier de référence (SJR)
- Plancher : 57 % du SJR
- Plafond : 75 % du SJR (et non 70 % — erreur fréquente)
- Allocation minimale : 32,13 € brut par jour (depuis le 1er juillet 2025), soit environ 963,90 € par mois (base 30 jours)
L'allocation journalière brute correspond donc au maximum entre (partie fixe + 40,4 % du SJR) et 57 % du SJR, dans la limite de 75 % du SJR. Ce calcul peut être effectué sur le simulateur officiel de France Travail (francetravail.fr).
7. Dégressivité pour les allocations élevées
Les salariés dont l'allocation journalière dépasse un seuil élevé voient leur indemnité réduite de 30 % à partir du 7e mois d'indemnisation. Il s'agit du mécanisme dit de « dégressivité ».
Depuis le 1er avril 2025, l'âge à partir duquel la dégressivité cesse de s'appliquer est abaissé de 57 ans à 55 ans. Concrètement : un salarié de 55 ans ou plus n'est plus concerné par cette réduction, quelle que soit son ancienne rémunération. Pour les salariés de moins de 55 ans, la dégressivité s'applique dès que l'allocation journalière dépasse 92,57 € brut par jour (seuil en vigueur en 2026), ce qui correspond à un ancien salaire mensuel brut de l'ordre de 4 900 €. La réduction est de 30 % maximum, sans pouvoir faire descendre l'allocation en dessous du plancher de 92,57 €/jour. Ce seuil est revalorisé chaque année.
8. Délai d'attente, différé de congés payés et différé spécifique
Un salarié qui perd son emploi ne perçoit pas immédiatement l'ARE. Plusieurs délais s'accumulent entre la fin du contrat et le premier versement effectif :
- Délai d'attente incompressible : 7 jours calendaires à compter de l'inscription à France Travail (non appliqué si ce délai l'a déjà été dans les 12 derniers mois)
- Différé « congés payés » : nombre de jours obtenus en divisant l'indemnité compensatrice de congés payés versée à la fin du contrat par le SJR, arrondi au jour supérieur
- Différé « spécifique » en cas d'indemnités supra-légales de rupture : calcul applicable depuis janvier 2026, égal au montant de l'indemnité supra-légale divisé par 111,8. Plafonné à 150 jours dans le cas général, ou 75 jours en cas de licenciement pour motif économique
9. Mensualisation sur 30 jours fixes
Nouveauté majeure entrée en vigueur le 1er avril 2025 : l'ARE est versée sur la base de 30 jours par mois, indépendamment du nombre réel de jours du mois concerné. Auparavant, un mois de 31 jours donnait lieu à 31 jours d'allocation. Désormais, les allocations des jours « surnuméraires » (les 31e jours des mois longs, les 29e du mois de février bissextile le cas échéant) sont reportées en fin de droit et perçues à l'épuisement de l'indemnisation mensuelle classique.
Cette règle assure aux allocataires une régularité mensuelle des versements, au prix d'un léger décalage technique. Elle simplifie considérablement la lisibilité du dispositif pour les salariés.
10. Dispositions spécifiques à connaître
- Travailleurs saisonniers : depuis le 1er avril 2025, la durée minimale d'affiliation est réduite de 6 à 5 mois (sur 24 mois), et la durée minimale d'indemnisation correspond à 5 mois.
- Formation en cours d'indemnisation : la possibilité de prolonger les droits ARE de 137 jours maximum lorsque le demandeur d'emploi suit une formation est désormais ouverte à tous les 55 ans et plus (elle était auparavant réservée aux 53-54 ans).
- Allocation de fin de droits : depuis le 1er avril 2025, cette allocation est versée automatiquement à l'épuisement des droits ARE, sans démarche du demandeur d'emploi.
- Revalorisation annuelle : les montants de l'ARE (partie fixe, minimum, seuil de dégressivité) sont revalorisés chaque année au 1er juillet sur décision du conseil d'administration de l'Unédic. La dernière revalorisation date du 1er juillet 2025. La prochaine est attendue au 1er juillet 2026 (hypothèse Unédic : +0,6 %, non actée à cette date).
Ce qu'il faut retenir
- Le texte en vigueur est la Convention UNEDIC du 15 novembre 2024, applicable depuis le 1er avril 2025
- Durée minimale d'affiliation : 6 mois sur 24 mois (36 mois pour les 55 ans et plus) ; règle assouplie à 5 mois pour les primo-entrants à partir du 1er avril 2026
- Durées maximales d'indemnisation : 18 mois (< 55 ans) / 22,5 mois (55-56 ans) / 27 mois (57 ans et plus)
- Coefficient 0,75 (réduction 25 %) toujours applicable en conjoncture favorable, depuis février 2023
- Dégressivité : âge pivot ramené à 55 ans depuis avril 2025, seuil de 92,57 €/jour (plancher), -30 % max au 7e mois
- SJR : jours non travaillés plafonnés à 70 % des jours travaillés depuis avril 2025
- Saisonniers : affiliation réduite à 5 mois depuis avril 2025
- Formation 55+ : prolongation possible de 137 jours
- Allocation fin de droits : versement automatique depuis avril 2025
- Mensualisation sur 30 jours fixes depuis avril 2025
- Différé spécifique (indemnités supra-légales) : calcul révisé depuis janvier 2026 (division par 111,8)
Ces règles évoluent régulièrement par accord UNEDIC et décret d'application. En tant qu'employeur, vous n'êtes pas censé être expert en indemnisation chômage — mais vous êtes tenu, au titre de l'obligation d'information de bonne foi prévue à l'article L.1222-1 du Code du travail, de présenter au salarié les grandes lignes du dispositif au moment d'une rupture. Nexus Paies Conseils accompagne ses clients sur les ruptures sensibles : un échange de cadrage avant la décision permet d'anticiper les conséquences financières exactes pour le salarié et de sécuriser l'acte de rupture.
Sources officielles
- Convention d'assurance chômage du 15 novembre 2024 — Légifrance
- Circulaire Unédic n° 2025-03 relative à la réglementation d'assurance chômage applicable depuis le 1er avril 2025 — unedic.org
- Service-Public.fr — Allocation chômage d'aide au retour à l'emploi (ARE), fiche F38881
- France Travail (francetravail.fr) — Simulateur de calcul de l'allocation chômage
- unedic.org — Fiche thématique « Durée d'indemnisation » et « Revalorisation des allocations » (juin 2025)
- Article L.1222-1 du Code du travail — Légifrance
Dernière mise à jour : 12 avril 2026. Article actualisé par l'équipe Nexus Paies Conseils à partir de la Convention UNEDIC du 15 novembre 2024, de la circulaire Unédic n° 2025-03, des fiches France Travail et Service-Public.fr. Montants et seuils vérifiés à la date de mise à jour (prochaine revalorisation attendue au 1er juillet 2026).

